Wallon

Né au 8ème siècle des vestiges de la langue latine pratiquée par les soldats romains d'une part, colons et marchands d'autre part, le "wallon" succède au "roman" au début du 16ème siècle, faisant de la langue wallonne un des représentants de la famille des langues romanes et gallo-romanes, c’est à dire les langues d'oïl, sans pour autant faire du wallon un dialecte de son grand cousin le français.

  • Quelques particularités en exemples

- Phonétique et phonologie
Les phonèmes notés "tch" et "dj" comme dans vatche (vache), djambe (jambe) proviennent du latin [k+a] ou [g+e,i,u a] tandis que le "s" latin est resté présent pour certains mots comme spene (épine), fistu (fétu), biesse (bête),

Les consonnes sonores finales peuvent être comme "éllipsées" : rodje (rouge) se prononce de la même manière que rotche (roche) tandis que des consonnes nasales peuvent être précédées de voyelles nasales : djonne (jeune), crinme (crême), branmint (beaucoup).

La longueur des voyelles permet de distinguer le sens comme dans cu (cul) et cût (cuit), i l' hosse (il la berce) et i l' hôsse (il la hausse), messe (messe) et mêsse (maître)...

- Morphologie

Les adjectifs féminins pluriels devant le nom s’accompagnent généralement d’une finale -ès non accentuée comme dans cet exemple : djäne foye (feuille jaune) et djänès foyes (feuilles jaunes).

Il n'y a généralement pas de distinction de genre dans les articles définis et les déterminants possessifs : le wallon a li vweture et li cir alors que le français a, respectivement, la voiture et le ciel. De même, le wallon a si cwär et si fignesse pour le français son corps et sa fenêtre.

- Lexique

Subsiste en langue wallone des mots latins disparus des langues romanes voisines, tel le wallon dispierter (réveiller) à comparer à l'espagnol despertar qui revêt le même sens.

Mais la caractéristique la plus frappante est le nombre d'emprunts aux langues germaniques (surtout les dialectes flamands et allemands) : le wallon flåw (faible) et le néerlandais contemporain flauw. Entre autres emprunts, on trouve également : dringuele (pourboire) issu du néerlandais drinkgeld, spiter (éclabousser), de l'anglais to spit ou de l'allemand spützen), sprewe (étourneau) du néerlandais spreeuw…

- Syntaxe

L'adjectif qualificatif est souvent placé devant le nom. Quelques illustrations : le wallon on fwärt ome et le français un homme fort, ene blanke mäjhon et une maison blanche.

Emprunt syntaxique au germanique : la construction Cwè-ç ki c'est di ça po ene fleur? (qu'est-ce que cette fleur?) traduit littéralement l’expression allemande Was ist das für eine Blume ?

Remarques sociolinguistiques

Le wallon fait partie de ces "langues oubliées" (appelées aussi "régionales" ou "minoritaires"...), qui jouent constamment leur survie face à de puissants voisins.

Si une vaste majorité de la population n'utilisait le wallon comme moyen d’expression unique dans la vie quotidienne, le nombre de "pratiquants" a connu une forte baisse à partir des années 30. Aujourd'hui, on estime que près de 3 millions de personnes peuvent être considérés comme locuteurs actifs, capables de s’exprimer indifféremment en wallon ou en français. Pour les 20 à 30 ans, un consensus s’est établi pour considérer d’une part une proportion d’environ 10% de "wallonants actifs" et d’autre part une autre de 40 à 60% de "wallonants passifs".

Le fait que, hors quelques cours du soir, le wallon ne soit pas enseigné explique en grande partie ce phénomène. La francisation, initialement confinée aux classes aisées, s’est répandue dans l’ensemble des couches de la population, adoptant l’idée qu'il n'y avait guère d'avenir pour les "wallonants stricts", le français étant la seule langue admise dans les écoles wallonnes.

Heureusement, des volontés se sont récemment manifestées pour promouvoir plus énergiquement l’usage du wallon, s’accompagnant d’une politique de développement d’une langue standard écrite (à rapprocher de ce qui a pu se faire pour l’hébreu).

En 1990, un décret fut adopté afin de reconnaître officiellement l'existence de "langues régionales endogènes" dans la "Communauté française de Belgique" (Wallonie et population francophone de Bruxelles) de l'Etat fédéral belge. Il énonce que ces langues doivent être étudiées et que leur utilisation doit être favorisée.

Si un "Conseil des langues régionales" a été créé à cet effet, force est de reconnaître que la situation ne s’est pas amélioré sur ce point : les diffusions de programmes en langue wallonne à la télévision ou à la radio sont toujours réduits à la portion congrue, le système éducatif peu ou pas encouragé et les noms de lieu restent trop rarement transcrits en wallon.

Ajoutons quelques remarques dialectologiques : l'aire linguistique wallonne est des plus réduite (vague carré de 150 km de côté environ) et n'inclue pas la Wallonie en sa totalité. Néanmoins peuvent être identifiés quatre groupes dialectaux :

- centre avec bien entendu la capitale régionale Nameur (Namur), les villes de Dinant et d'Auve (Wavre),

- est, avec Lîdje (Liège), Vervî (Verviers), Hu (Huy), Mâmdi (Malmedy) et Warème (Waremme),

- ouest, avec Châlerwè (Charleroi), El Louviére (La Louvière), Nivèle (Nivelles), Flipvile (Phillippeville),

- sud, avec les villes de Bastogne, Lu Tchestê (Neufchâteau) et Mautche (Marche).

Le wallon est encore parlé dans de petites régions de France (département des Ardennes), du Luxembourg (ou il a disparu récemment) et des Etats-Unis (dans la région de Green Bay - Wisconsin - existe une colonie wallonne compacte remontant au 19ème siècle).

D'autres langues régionales sont parlées dans quelques régions wallonnes : picard (langue romane, dans la moitié ouest de la province du Hainaut), lorrain (langue romane, dans les villages du sud de la province du Luxembourg), champenois (à l'extrême sud de la province de Namur) et letzebuergesch (luxembourgeois, langue germanique parlée dans les environs d'Arlon).

Toutes ces langues sont parlées dans les pays voisins: la plus grande partie des domaines linguistiques picard et lorrain se trouve en France (où par ailleurs ces deux langues ne sont pas reconnues comme telles), le luxembourgeois étant de manière assez logique :*) la langue nationale du Grand-duché de Luxembourg.

Depuis la fin du 17ème siècle, la littérature wallonne s'est développée avec pour point d’orgue les années qui suivirent la fin de la deuxième guerre mondiale. De par sa grande qualité, la poésie se détache particulièrement de ce socle littéraire. Depuis 1950, le théâtre, surtout en ce qui concerne les "comédies burlesques" a connu une foisonnante production (plus de 10 000 pièces jouées). Viennent s’ajouter à ces genres culturels la bande dessinée bien sûr, la chanson...

Pour lire la suite : la culture wallonne

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